Opus Haute Définition e-magazine

Zoom sur…

Opus Haute Définition e-magazine numéro 237, 19 janvier 2026

Paul Kletzki

Intégrale des Quatuors à Cordes

Quatuor Bacewicz

Prelude Classics PCL2501000, Socadisc Distribution

2 CD stéréo

Il arrive parfois que l’histoire de la musique nous rende un service inestimable, celui de faire resurgir une voix que le fracas du siècle avait presque réduite au silence. Le double album « Hidden Voices », publié par le label Prélude Classics, consacré à l’intégrale des quatuors à cordes de Paul Kletzki (1900-1973), appartient à cette catégorie rare d’enregistrements qui ne se contentent pas de documenter un répertoire oublié, mais qui le réhabilitent avec une conviction telle qu’il semble soudain indispensable. Le Quatuor Bacewicz, formation polonaise d’une cohésion exemplaire, y déploie une intelligence musicale et une sensibilité stylistique qui replacent Kletzki dans la lignée des grands compositeurs d’Europe centrale du premier XXᵉ siècle. Né Pawel Klecki en 1900 à Lódź, Paul Kletzki appartient à cette génération de musiciens juifs polonais dont le destin fut profondément marqué par les bouleversements politiques du siècle. Enfant prodige, violoniste précoce, il se produit dès l’âge de quatorze ans avec l’Orchestre philharmonique de Lodz. Très tôt, il se tourne vers la composition, encouragé par des figures majeures, Toscanini et Furtwängler défendent ses œuvres dans les années 1920, au point que ce dernier l’invite à diriger le Berliner Philharmoniker en 1925. Mais l’ascension fulgurante du jeune compositeur est brisée par la montée du nazisme. Contraint à l’exil, Kletzki perd une grande partie de sa famille dans la Shoah. Ce traumatisme, dont il ne se remettra jamais totalement, le conduit progressivement à abandonner la composition pour se consacrer à la direction d’orchestre. Ses quatuors à cordes, composés entre les années 1920 et 1930, témoignent d’une personnalité musicale singulière, un langage post-romantique tendu vers la modernité, une expressivité brûlante, une maîtrise contrapuntique héritée de la tradition germanique, et une mélancolie diffuse qui semble annoncer les drames à venir. Avec cet enregistrement en DXD (352.8 khz / 24-bit), Prélude Classics signe une publication majeure, qui devrait contribuer à replacer Paul Kletzki dans l’histoire de la musique du XXᵉ siècle. Qu’on se le dise…

Jean-Jacques Millo

Sometimes the history of music does us an invaluable service, that of reviving a voice that the turmoil of the century had almost silenced. The double album Hidden Voices, released by the Prélude Classics label and devoted to the complete string quartets of Paul Kletzki (1900-1973), belongs to that rare category of recordings that not only document a forgotten repertoire, but rehabilitate it with such conviction that it suddenly seems indispensable. The Bacewicz Quartet, a Polish ensemble of exemplary cohesion, displays a musical intelligence and stylistic sensitivity that places Kletzki in the lineage of the great Central European composers of the early 20th century. Born Pawel Klecki in 1900 in Lódź, Paul Kletzki belongs to that generation of Polish Jewish musicians whose destinies were profoundly marked by the political upheavals of the century. A child prodigy and precocious violinist, he performed with the Lodz Philharmonic Orchestra from the age of fourteen. He turned to composition at an early age, encouraged by major figures such as Toscanini and Furtwängler, who championed his works in the 1920s, to the point that the latter invited him to conduct the Berliner Philharmoniker in 1925. But the young composer’s meteoric rise was cut short by the rise of Nazism. Forced into exile, Kletzki lost most of his family in the Holocaust. This trauma, from which he never fully recovered, gradually led him to abandon composition and devote himself to conducting. His string quartets, composed between the 1920s and 1930s, reveal a unique musical personality, a post-Romantic language leaning towards modernity, a burning expressiveness, a contrapuntal mastery inherited from the Germanic tradition, and a diffuse melancholy that seems to foreshadow the dramas to come. With this DXD recording (352.8 kHz/24-bit), Prélude Classics has produced a major release that should help to restore Paul Kletzki to his rightful place in the history of 20th-century music. Spread the word...

Translation Lawrence Schulman

Visuel