Opus Haute Définition e-magazine

Jean-Sébastien Bach

Messes Luthériennes BWV 233 - 236

Kölner Akademie. Michael Alexander Willens (direction)

Pentatone PTC 5187 509, Naxos

2 CD stéréo

L’appellation de « Messes luthériennes » peut sembler paradoxale, puisque Jean-Sébastien Bach (1685-1750) écrit ici sur le texte latin du Kyrie et du Gloria, mais elle renvoie à la pratique liturgique des Églises luthériennes de Leipzig, où ces deux parties de l’ordinaire pouvaient demeurer en latin tandis que le reste du culte se déroulait en allemand. Les quatre œuvres, composées dans les années 1730, sont ainsi des partitions relativement brèves, parfaitement adaptées au cadre liturgique, tout en témoignant de la manière très personnelle dont Bach pouvait reprendre, transformer et perfectionner son propre matériau musical. Ces messes montrent un Bach arrivé à un stade de maturité où la réutilisation de pages antérieures devient un véritable art de la transformation. Une grande partie des mouvements procède en effet du remaniement de musiques provenant notamment de cantates antérieures, dont Bach adapte les textes latins en conservant ou en réélaborant les architectures mélodiques, rythmiques et orchestrales Les quatre messes (BWV 233 en fa majeur, BWV 234 en la majeur, BWV 235 en sol mineur, BWV 236 en sol majeur) reposent sur une organisation comparable, avec un Kyrie continu suivi d’un Gloria en cinq parties, alternant mouvements choraux et interventions solistes. L’un des choix les plus significatifs de Michael Alexander Willens, à la tête de la Kölner Akademie, consiste à confier les parties vocales à seulement quatre chanteurs, Hanna Herfurtner, soprano, Elvira Bill, alto, Gwilym Bowen, ténor, et Thomas Bonni, basse, plutôt que de constituer un chœur traditionnel. Cette conception « une voix par partie » donne aux œuvres une transparence exceptionnelle. Cependant, les sources conservées ne permettent pas d’établir définitivement que les messes furent conçues pour une telle exécution. Mais Michael Alexander Willens assume pleinement cette option et en tire une esthétique cohérente, privilégiant la proximité, la lisibilité et la mobilité plutôt que l’ampleur monumentale. La prise de son, réalisée dans l’acoustique de l’Immanuelskirche de Wuppertal, accompagne idéalement cette conception. Voici donc une vision musicale qui ne manque pas d’intérêt.

Jean-Jacques Millo

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