L’Octuor pour cordes et vents en fa majeur D.803, de Franz Schubert (1797-1828), fut composé en février 1824. Il est le fruit d’une commande du comte Ferdinand Troyer, et devait être le pendant du Septuor de Beethoven. Mais, comme le soulignait François-René Tranchefort : « Le début de l’année 1824 fut une période sombre dans la biographie de Schubert : celui-ci, alors, n’a pas réussi à s’imposer comme compositeur d’opéra, ses soucis financiers restent importants et, pire, le musicien se sait condamné à plus ou moins brève échéance par la maladie. Il écrira, peu après la composition de l’Octuor : « Figures-toi un pauvre diable dont la santé ne se rétablira plus…, dont les plus brillantes espérances ont avorté, à qui les joies de l’amour et de l’amitié n’ont causé que souffrance et douleur, dont l’enthousiasme pour le beau menace de s’éteindre… Chaque nuit, quand je m’endors, je souhaite de ne plus me réveiller ». L’œuvre possède la liberté, la conversation et l’intimité de la musique de chambre, mais ses proportions, son architecture et l’ampleur de ses développements sont tout autre. Six mouvements, près d’une heure de musique, avec clarinette, basson, cor, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse. Fondé en 1983 par huit jeunes musiciens issus de l’Orchestre philharmonique de Berlin, précisément pour travailler et jouer l’Octuor de Schubert, l’ensemble a fait de cette œuvre son véritable acte de naissance, avant d’élargir son répertoire du baroque à la création contemporaine. Son nom rend hommage à Hans Scharoun, l’architecte de la Philharmonie de Berlin, dont la conception privilégiait une nouvelle proximité entre les interprètes et le public, et dont la Kammermusiksaal est depuis les débuts l’un des lieux naturels de l’ensemble. Le Scharoun Ensemble fait ressentir ici la continuité psychologique d’une partition où la joie, la nostalgie, l’insouciance, l’inquiétude et l’exaltation coexistent sans cesse. Bref, une parution inspirée de bout en bout.
Jean-Jacques Millo |