C’est une nouvelle parution, consacrée à Joseph Hass (1879-1960), particulièrement bienvenue qui permet de redécouvrir un compositeur aujourd’hui injustement relégué dans les marges du répertoire alors qu’il fut, de son vivant, l’une des figures importantes de la musique allemande et un pédagogue particulièrement influent. Né le 19 mars 1879 à Maihingen, en Souabe, Joseph Haas appartient à cette génération de compositeurs placés à la charnière entre le romantisme tardif et les renouvellements du langage musical du XXe siècle. Il est issu d’une famille d’enseignants et exerça d’abord comme instituteur à Lauingen, de 1897 à 1904, avant de donner pleinement suite à sa vocation musicale. La rencontre avec Max Reger en 1904 fut déterminante. Il prit des leçons auprès de lui, le suivit à Leipzig en 1907 et acheva ses études au conservatoire en 1909, sous l’influence décisive d’un maître dont il conservera le goût pour la densité contrapuntique, les harmonies riches et les architectures savamment construites. Son influence pédagogique fut considérable, puisqu’il forma notamment Karl Amadeus Hartmann, Karl Höller, Philipp Mohler, Cesar Bresgen, ainsi que les chefs d’orchestre Eugen Jochum et Wolfgang Sawallisch. Son ouverture d’esprit le conduisit à fonder en 1921, avec Paul Hindemith et Heinrich Burkard, les manifestations musicales de Donaueschingen consacrées à la création contemporaine, paradoxe fécond d’un homme qui demeura lui-même résolument attaché à la tonalité tout en manifestant un vif intérêt pour les recherches nouvelles. L’œuvre de Haas, qui dépasse la centaine d’opus et embrasse pratiquement tous les genres, des lieder et œuvres chorales à la musique de chambre, à l’orchestre, à l’opéra, à l’oratorio et à la musique sacrée, reste pourtant très insuffisamment représentée au disque, ce qui donne à cette intégrale pour violon une valeur documentaire autant qu’artistique. Le programme rassemble les deux « Sonatines Op. 4 de 1905 », la « Sonate pour violon et piano en si mineur op. 21 » de 1908 et les deux « Suites de Grillen » Op. 40 de 1912, soit l’ensemble des œuvres pour violon et piano, retenues par cette édition, en première mondiale au disque, et permet surtout de suivre, sur quelques années, l’évolution du langage de Haas, depuis l’empreinte encore très forte de Reger jusqu’à une écriture plus personnelle, plus légère et plus transparente. Grâce à Ludmila Pavlová et Alissa Firsova, cette redécouverte est portée par une véritable conviction artistique, faisant de cette parution une recommandation pour tous ceux qui aiment découvrir, derrière les grands noms de l’histoire de la musique, des personnalités moins célèbres mais capables de procurer de très belles surprises.
Jean-Jacques Millo |