Avec « Sola », Laurène Helstroffer Durantel poursuit une exploration particulièrement personnelle de la contrebasse, envisagée comme un instrument capable de porter à lui seul une véritable dramaturgie musicale, avec ses silences, ses respirations, ses tensions et ses élans. Le répertoire annoncé propose la « Suite im Alten Stil » de Hans Fryba (1899-1986) avec un « Prélude » et une « Allemande », avant que la musicienne n’aborde la « Chiacona per la lettera B » issue des « Partite sopra diverse sonate per il violone » de Giovanni Battista Vitali (1632-1692), dans un arrangement pour violoncelle de Lorenzo Girodo. Viennent ensuite « Love’s Farewell » de Tobias Hume (1569-1692), arrangé pour violoncelle par Laurène Helstroffer Durantel qui signe également « improvisation sur une note , Netra », « Ricercari N°7 en ré mineur » pour violoncelle de Domenico Gabrielli (1659-1690), « Passacaille en sol mineur pour violon seul » tirée des « Sonates du Rosaire » de Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704), puis trois mouvements de la « Folk Suite pour violoncelle seul » de Daniel Delaney (né en 1980), « Prélude, Country Dance et Lullaby ». La contrebasse devient ici un espace de confrontation avec soi-même, et la solitude annoncée par le titre n’a rien d’une privation. La démarche s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de « Flash-Back », précédent album de la musicienne paru chez Ad Vitam en 2024 (voir Opus HD Magazine N°218), qui constituait déjà une véritable déclaration d’indépendance artistique et une exploration de la place de la contrebasse en dehors de ses fonctions traditionnelles. Après avoir quitté l’orchestre près de vingt ans auparavant, Laurène Helstroffer Durantel avait alors expliqué avoir cherché une autre place pour la basse dans le monde de la musique classique, en se laissant guider par l’instinct plutôt que par une idée. Avec « Sola », cette singularité semble prendre une forme particulièrement radicale, puisque sans piano, sans quatuor, sans ensemble pour dialoguer avec elle, la musicienne accepte l’exposition totale du soliste et fait de la contrebasse un instrument de récit, capable de passer de la danse à la méditation, de la polyphonie implicite de la musique ancienne à la liberté de l’improvisation, de la densité rythmique à la simplicité presque élémentaire. Cet album confirme donc une démarche artistique fondée sur l’instinct, la curiosité, la liberté de répertoire et une recherche presque physique du son. Il s’annonce comme une nouvelle étape de son parcours où la solitude n’est plus absence, mais force musicale.
Jean-Jacques Millo |