Né le 3 janvier 1786 à Altwaltersdorf en Silésie (aujourd’hui Stary Waliszów, en Pologne) et mort à Dessau le 23 novembre 1853, Friedrich Schneider fut l’une des figures majeures de la vie musicale allemande de la première moitié du XIXe siècle. Organiste virtuose, pianiste, pédagogue et surtout compositeur d’oratorios, son œuvre sombra progressivement dans l’oubli après sa disparition, éclipsée par Mendelssohn, Schumann et Liszt. Cette résurrection discographique constitue donc un événement musicologique majeur, qui s’achève aujourd’hui avec « Christus der Erlöser », dernier volet d’une trilogie consacrée à la vie du Christ, projet initialement conçu comme une ambitieuse tétralogie dans les années 1820. Cet oratorio en deux parties, consacré à la Passion et à la Rédemption, révèle un compositeur d’une remarquable maîtrise dramatique, capable d’unir l’héritage de Haydn et de Spohr à une sensibilité romantique naissante, sans jamais renoncer à la noblesse classique de son écriture. La caractérisation des personnages, notamment celle du Christ, de Judas ou encore de Satan, bénéficie d’une écriture vocale expressive sans jamais céder à l’emphase, tandis que l’orchestration privilégie la clarté des lignes et la richesse des couleurs instrumentales. À la tête du Sinfonieorchester Wuppertal et de la Kantorei Barmen-Gemarke, Alexander Lüken défend cette partition avec une conviction communicative, privilégiant une lecture vivante, parfaitement architecturée et animée d’un souffle constant. La distribution vocale, réunissant notamment Dorothea Brandt (soprano), Annika Boos (soprano), Ulrike Malotta (alto), Patrick Grahl (ténor) et Thomas Laske (basse), se distingue par la qualité des timbres et une parfaite compréhension du style. Cette nouvelle parution, au travail exemplaire de réhabilitation patrimoniale, offre aux mélomanes une réalisation artistique et technique de tout premier ordre.
Jean-Jacques Millo |