Né à Toronto dans une famille acquise à la musique (son père Richard Henninger étant lui-même compositeur et professeur à l’Université de Toronto), Nathan Henninger a construit un parcours singulier entre écriture symphonique, cinéma et quête introspective, étudiant notamment la composition et le scoring pour l’image avant de développer un langage orchestral personnel mêlant héritage romantique, impressionnisme et souffle cinématographique, dans la lignée de John Williams ou Gustav Holst. Avec « Romanza », son deuxième album, dans lequel il dirige le Budapest Scoring Orchestra avec Peter Illenyi et aux côtés du pianiste Marouan Benabdallah, Nathan Henninger propose un vaste poème symphonique, d’environ vingt minutes, pour cordes, percussion et piano, à la narration émotionnelle continue autour d’un thème récurrent symbolisant l’amour, non seulement dans sa dimension romantique, mais également comme force de mémoire, de consolation et de transmission. Henninger y développe une écriture fluide, mélodique où les cordes amples et lumineuses portent des harmonies mouvantes, parfois suspendues, tandis que le piano agit moins comme un soliste virtuose que comme une voix fragile et méditative. L’album se distingue par son équilibre entre accessibilité et sophistication orchestrale, alternant passages contemplatifs, élans dramatiques et moments de mystère, notamment dans les sections “Misterioso” ou “Warmly, with Energy”, qui révèlent une science maîtrisée de la tension narrative et de la couleur orchestrale. Portée par la sonorité chaleureuse de l’orchestre hongrois et par une prise de son ample qui valorise les résonances naturelles des cordes et des percussions, « Romanza » affirme la maturité d’un compositeur qui privilégie la ligne mélodique, la respiration dramatique et l’émotion directe sans renoncer à une écriture raffinée. Bref, une œuvre personnelle à la dimension universelle.
Jean-Jacques Millo |