Né à Busan en 1989 et initié tardivement au piano, à l’âge de onze ans seulement, Dasol Kim connaît une ascension fulgurante qui le conduit très jeune en Allemagne, où il étudie notamment auprès d’Arie Vardi à Hanovre, avant d’enchaîner les distinctions dans les grands concours internationaux (Reine Élisabeth, Épinal, Géza Anda, Young Concert Artists ou encore le Concours Beethoven de Vienne).Son jeu pianistique trouve dans Robert Schumann (1810-1856) un terrain d’élection idéal, tant le compositeur allemand exige de l’interprète qu’il sache faire cohabiter exaltation romantique, introspection et fragmentation du discours. Cet album proposant « Waldszenen » Op.82, « Carnaval » Op.9 et « Geistervariationen » WoO 24, s’inscrit dans cette affinité avec l’univers schumannien déjà affirmée dès son premier enregistrement consacré au compositeur. Dasol Kim y révèle une compréhension particulière de cette musique de l’instabilité émotionnelle et du rêve en devenir, faisant émerger avec subtilité les contrastes permanents entre Florestan et Eusebius, ces deux figures imaginaires dans lesquelles Schumann projetait ses propres déchirements. Là où certains pianistes privilégient la démesure romantique ou l’abandon sentimental, Dasol Kim choisit une voie plus sobre, presque chambriste, fondée sur la respiration du phrasé, la transparence polyphonique et un sens de la narration. Chaque ligne semble pensée dans son juste poids expressif , sans surcharge ni maniérisme, avec une maîtrise des couleurs qui rappelle parfois l’école allemande la plus noble. Les épisodes les plus tourmentés conservent une lisibilité exemplaire tandis que les moments suspendus atteignent une forme de confidence murmurée, jamais affectée. Cette manière d’éviter toute grandiloquence permet à la musique de Schumann de retrouver sa dimension profondément littéraire et psychologique, une musique du fragment, du souvenir, de la confidence et de l’élan brisé. Bref, un enregistrement remarquable.
Jean-Jacques Millo |