Opus Haute Définition e-magazine

O Weh !

Lieder de Gustav Mahler et Suite pour Orchestre de Max Reger

L’Atelier de Musique. Aude Extremo (mezzo-soprano). Stéphane Degout (baryton). Quatuor Hanson. Ensemble Ouranos. Pierre Dumoussaud (direction)

B.Records LBM088, Outhere distribution

CD stéréo

Avec l’album « O WEH ! » le Quatuor Hanson, l’Ensemble Ouranos et les chanteurs Aude Extrémo et Stéphane Degout livrent une méditation nocturne et crépusculaire, construite autour des arrangements de chambre de Gustav Mahler (1860-1911) et Max Reger (1873-1916) signés Arnold Schönberg et Eberhard Kloke. Sous la direction de Pierre Dumoussaud et avec les musiciens de L’Atelier de musique, cette réalisation révèle un art du détail instrumental et de la respiration collective qui transforme chaque Lied en théâtre. Fondé au CNSMD de Paris par les violonistes Anton Hanson et Jules Dussap, l’altiste Gabrielle Lafait et le violoncelliste Simon Dechambre, le Quatuor Hanson s’est imposé en quelques années comme l’une des formations françaises les plus passionnantes de sa génération grâce à une approche mêlant héritage de l’école française, exigence structurelle héritée de leurs maîtres viennois et curiosité envers les répertoires contemporains. L’Ensemble Ouranos, créé à l’initiative du clarinettiste Amaury Viduvier avec de jeunes solistes issus eux aussi du CNSMD de Paris, apporte la souplesse chambriste et les couleurs mordorées des vents. Récompensé au Concours international de Lyon puis au Concours Carl Nielsen de Copenhague, le quintette s’est forgé une réputation internationale grâce à la finesse de ses timbres et à son sens du dialogue instrumental. La mezzo-soprano Aude Extrémo, célébrée pour l’ampleur sombre et sensuelle de son registre grave, donne aux « Kindertotenlieder » une profondeur expressionniste, tandis que Stéphane Degout, trouve quant à lui dans les « Lieder eines fahrenden Gesellen » un équilibre entre noblesse vocale, clarté du texte et désarroi intime. L’interprétation de la « Suite Romantique pour orchestre » Op.125 de Max Reger constitue peut-être la plus grande surprise du disque. Les musiciens mettant en valeur son chromatisme mouvant, ses ombres nocturnes et ses élans post-wagnériens sans jamais alourdir le discours. En définitive, cet enregistrement est un véritable témoignage contemporain de la musique germanique de transition, où la douleur intime devient matière sonore et poésie du clair-obscur. A découvrir.

Jean-Jacques Millo

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