Opus Haute Définition e-magazine

Deux Flûtes Enchantées

Six Duos pour Flûtes Classiques de Franz Xaver Richter

Emilie Pierrel (flûte). Jean-Farnçois Alizon (flûte)

Hortus 272, Socadisc Distribution

CD stéréo

Compositeur majeur mais encore trop méconnu du XVIIIe siècle, Franz Xaver Richter (1709-1789) occupe une place essentielle dans l’histoire musicale européenne, à la charnière du baroque finissant et des premiers élans du classicisme. Né en Moravie, formé dans l’orbite de l’école de Mannheim dont il assimile la science orchestrale, le contrepoint et l’expressivité dramatique, Richter fut à la fois chanteur, violoniste, pédagogue et maître de chapelle. Après plusieurs années au service du prince-abbé de Kempten, il s’installa définitivement à Strasbourg où il devint, en 1769, maître de chapelle de la cathédrale, fonction qu’il occupa jusqu’à sa mort. Admiré de ses contemporains, notamment de Mozart qui lui rendait visite lors de ses passages en Alsace, Richter laisse une œuvre abondante où se croisent rigueur contrapuntique héritée du baroque allemand, grâce mélodique galante et sensibilité préclassique annonçant Haydn et Mozart. L’album « Deux flûtes enchantées » met en lumière cette personnalité singulière à travers « six duos pour flûtes » récemment redécouverts dans des manuscrits strasbourgeois de la fin du XVIIIe siècle, révélant un Richter chambriste d’une élégance raffinée et d’une invention constante. Portées par le jeu inspiré de Jean François Alizon et Émilie Pierrel, ces pages séduisent d’emblée par leur équilibre entre virtuosité discrète et conversation musicale permanente. Jamais démonstratives, les deux flûtes dialoguent avec souplesse, se répondent dans des imitations délicates, puis poursuivent dans des fugatos avant de s’unir. L’interprétation privilégie la respiration naturelle du phrasé, la clarté des articulations et une musicalité sans affectation qui rend pleinement justice à l’écriture de Richter, dont la finesse harmonique et les modulations parfois inattendues apportent une profondeur expressive insoupçonnée à ces œuvres d’apparence légères. Chaque duo possède sa couleur propre comme notamment la grâce pastorale du « Duo n°1 en sol majeur », les demi-teintes mélancoliques du « Duo n°3 en mi mineur », la vivacité du « Duo n°4 en do majeur » ou encore les accents quasi théâtraux du « Duo n°5 en la mineur ». Ils composent un parcours riche et contrasté où l’on entend déjà poindre l’esthétique classique. La prise de son met en valeur le timbre des instruments sans jamais sacrifier l’intimité de cette musique de salon éclairé. Ainsi, ce disque témoigne, avec brio, de l’une des périodes les plus fascinantes de l’histoire de la musique.

Jean-Jacques Millo

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