Opus Haute Définition e-magazine

On Bach’s Touch

Œuvres pour Clavecin

Cristiano Holtz (clavecin)

Triton Hortus TRHORT591, Socadisc Distribution

CD stéréo

« Pendant de nombreuses années, je me suis immergé dans l’étude et la pratique de ce qui est devenu connu sous le nom de « Bach’s Touch » - « L’Art de toucher J.S. Bach » : une technique d’une approche raffinée et profondément expressive (principalement dérivée du clavicorde) qui distingue son jeu de clavier de celui de ses contemporains. » , déclarait le claveciniste Cristiano Holtz. Ce dernier, né en 1972 au Brésil, a commencé ses études de clavecin à l’âge de douze ans, avec Pedro Persone. À quinze ans, suite à une invitation de Jacques Ogg, il s’installa aux Pays-Bas afin de poursuivre des études musicales avec lui. Il y est resté dix ans, travaillant avec divers enseignants tels qu’Anneke Uittenbosch et Menno van Delft. Dès l’âge de dix ans, sa plus grande influence fut Gustav Leonhardt, qui l’accepta exceptionnellement comme son dernier élève officiel. Il était également très important pour lui d’avoir travaillé en privé avec Pierre Hantaï, Marco Mencoboni et Miklós Spányi. Ce dernier l’a ensuite invité à jouer et enregistrer des pièces pour deux clavecins de C.Ph.E. Bach. Indirectement, il fut influencé par la philosophie musicale et l’approche d’Arturo Benedetti Michelangeli. Le disque s’ouvre sur la « Fantaisie en la mineur BWV 922 », avant de se poursuivre avec la « Suite en ré mineur BWV 812 », première des « Suites françaises », dont Cristiano Holtz souligne la danse intérieure, la noblesse de ligne et la respiration des mouvements. Le « Concerto en si bémol majeur BWV 982 », d’après Johann Ernst de Saxe-Weimar, révèle son goût pour la clarté concertante, l’élan rythmique et la vivacité du dialogue implicite entre les voix, tandis que la « Suite en si mineur BWV 814 », troisième du recueil, bénéficie d’un travail minutieux sur les contrastes de caractère, les couleurs de registres et la souplesse des transitions. L’album culmine avec la « Fantaisie chromatique et Fugue en ré mineur BWV 903 », sommet expressif, sil en fut, où Holtz conjugue liberté de phrasé, dramatisation du discours et rigueur contrapuntique. L’instrument, un Matthias Kramer de 2010, d’après Gottfried Silbermann, ca. 1740, soutient une lecture qui allie profondeur analytique et sensibilité immédiate, et où l’on perçoit, derrière la maîtrise technique, une véritable réflexion sur ce que signifie toucher Bach aujourd’hui pour renouveler une tradition vivante en lui redonnant souffle, présence et nécessité.

Jean-Jacques Millo

Visuel