Comme le souligne si justement le musicologue, François-René Tranchefort, la « Symphonie N°2, en si bémol majeur » Op.52 « Chant de louanges » de Félix Mendelssohn (1809-1847) « est une œuvre de pure circonstance (fêtes du quatrième centenaire de l’invention de l’imprimerie de Gutenberg) créée le 25 juin 1840 à Leipzig, sous la baguette du compositeur, dans une sorte de liesse collective qui ne s’est plus retrouvée depuis. Et il est vrai, qu’exceptées certaines parties chorales superbement écrites, l’œuvre nous semble aujourd’hui incroyablement monotone et ennuyeuse ». La partition est conçue comme une vaste architecture en trois mouvements orchestraux suivis d’une cantate en neuf numéros, elle mêle l’héritage de Bach (chorals, écriture contrapuntique, spiritualité luthérienne) à une dramaturgie romantique affirmée, tout en assumant une parenté structurelle avec la Neuvième de Beethoven, ce qui lui valut autant d’admiration que de critiques, certains contemporains y voyant une imitation, tandis que d’autres, comme Robert Schumann, saluaient l’enthousiasme suscité par cette fresque lumineuse exaltant la victoire de la clarté sur les ténèbres. Dans cette nouvelle gravure du label BIS, Masaaki Suzuki met à profit l’expertise du Bach Collegium Japan Chœur et Orchestre, dans le répertoire vocal sacré, pour éclairer la dimension spirituelle et contrapuntique de la partition, soutenu par un chœur d’une grande clarté et par un trio de solistes composé de la soprano Jone Martínez, du ténor Benjamin Bruns et de la soprano Eri Sawae. Le chef a-t-il réussi à chasser monotonie et ennui de la partition ? A vous de juger.
Jean-Jacques Millo |