« Future Horizons », réunit Andrés Orozco Estrada et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort, qu’il entraîne dans un triptyque contemporain, pour hautbois et violon, où se croisent trois voix majeures de la création européenne actuelle. Le chef colombien, né à Medellín en 1977, formé à Vienne auprès de Uroš Lajovic et révélé à la tête du Tonkünstler-Orchester puis du Houston Symphony, impose ici son sens du théâtre sonore, de la dynamique architecturée et d’une clarté polyphonique héritée de son long compagnonnage avec le répertoire moderne. Thierry Escaich (né en 1965), compositeur et organiste français dont l’écriture mêle pulsation rythmique, lyrisme sombre et héritage contrapuntique, propose le « Double Concerto pour hautbois, violon et orchestre », en trois mouvements, de 2014, où la tension interne se nourrit d’une orchestration chatoyante et d’un imaginaire quasi cinématographique, Nicolas Bacri (né en 1961), figure singulière du néo classicisme français, déploie dans « Notturno pour hautbois et cordes » Op.74 de 2001 son art d’une expressivité grave, nourrie de formes héritées et d’un sens aigu de la ligne, dans une esthétique où l’élégie côtoie la vigueur dramatique et enfin, Michael Jarrell (né en 1958), compositeur suisse marqué par la précision du geste, la micro variation et une science raffinée des timbres offre, avec « Aquateinte – Concerto pour hautbois et orchestre » de 2016, une œuvre d’une grande densité, où la matière orchestrale se transforme en flux continu, presque organique. François Leleux et Lisa Bastiashvili sont ici les maîtres d’œuvre d’un interprétation remarquable, tandis que Orozco Estrada relie ces trois univers avec une direction souple, nerveuse, attentive aux transitions et aux respirations, donnant à l’album une cohérence narrative bienvenue. A noter que les trois partitions sont en première mondiale au disque.
Jean-Jacques Millo |