Née en 1985 à Opole en Pologne, Anna Jadwiga Pikulska s’est imposée comme l’une des organistes les plus brillantes de sa génération, formée d’abord à la Musikakademie Karol Szymanowski de Kattowitz auprès de Julian Gembalski, puis à la Hochschule für Musik Mainz dans la classe de Gerhard Gnann où elle obtient en 2012 son Konzertexamen avec distinction, avant de poursuivre un parcours nourri par les conseils de maîtres tels que Jacques van Oortmerssen, Christoph Bossert, Pieter van Dijk, Thierry Escaich, Bernhard Haas, Olivier Latry, Daniel Roth, et couronné par de nombreux prix internationaux et bourses d’excellence qui ont jalonné son ascension artistique. Dans ce SACD enregistré en 2024 à l’église Nuestra Señora de los Ángeles, Villanueva de Huerva (Aragon Espagne), notre organiste révèle toute la puissance expressive de l’orgue historique de 1607 restauré par Christine Vetter, un instrument aragonais longtemps abandonné puis ressuscité avec un soin exemplaire, dont elle explore les couleurs, les jeux en chamade, les échos intégrés et la palette de timbres avec une virtuosité lumineuse. Le programme, qui embrasse la tradition ibérique tout en l’ouvrant à l’Italie et aux Pays-Bas, réunit des œuvres de Pedro de Araujo ( ?-ca-1704), Sebastian Aguilera de Heredia (1561-1627), Sebastian Durón (1660-1716), Jusepe Ximénez (ca. 1600-1672), Manuel Narro (1729-1776), José de Nebra (1702-1768), Girolamo Frescobaldi (1583-1643), Bernardo Storace (ca. 1637 -ca. 1707), Francisco Correa de Arauxo (1584-1654) et Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), alternant batallas flamboyantes, tientos raffinés, variations d’une grande subtilité et toccatas d’une énergie irrésistible, le tout capté en son immersif qui magnifie l’acoustique ample et chaleureuse du lieu. Par son sens du détail, son imagination sonore et son engagement stylistique, Anna Pikulska fait de cet enregistrement un hommage vibrant à la tradition organistique espagnole, révélant un instrument rare dans toute sa splendeur et offrant un voyage musical aussi érudit que captivant.
Jean-Jacques Millo |