« Lacunes », premier album de la soprano belge Fleur Strijbos et de la pianiste Babette Craens, se présente comme un parcours foisonnant où la fragilité, le manque et l’élan poétique se répondent à travers un programme qui tisse Robert Schumann (1810 1856), Anton Webern (1883 1945), Samuel Barber (1910 1981), Aaron Copland (1900 1990), August De Boeck (1865 1937), Hans Pfitzner (1869 1949), Richard Strauss (1864 1949) et plusieurs compositeurs belges contemporains, dont Alain Craens (né en 1957), Noah Senden (né en 1998) et Piet Swerts (né en 1960). Au centre du disque, tel un fil rouge, se trouvent les « Sechs Gedichte von Nikolaus Lenau und Requiem » Op.90 de Schumann, cœur battant autour duquel se déploient des paysages sonores où la voix de la soprano, chaleureuse, souple et d’une finesse textuelle, révèle une sensibilité au détail musical et à la respiration poétique. Née à Hoogstraten dans une famille de musiciens, formée au Conservatoire royal d’Anvers auprès d’Anne Cambier puis au Mozarteum de Salzbourg auprès de Barbara Bonney, Fleur Strijbos a construit un parcours marqué par un attachement profond au lied, nourri par l’enseignement de Lucienne Van Deyck et Jozef De Beenhouwer. Lauréate du Concours Lyrique International Bell’Arte (2024) et du concours Mâcon Symphonies d’Automne (2023), artiste en résidence à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth depuis 2023, elle s’est imposée comme une interprète dont la maîtrise vocale s’allie à une intelligence du texte. « Lacunes », conçu comme un cheminement à travers des zones d’ombre où surgit pourtant une lumière nouvelle, met en valeur cette capacité à incarner les émotions enfouies des poèmes et à faire émerger, avec une intensité toujours mesurée, la dimension introspective de chaque page. Une belle réussite et un premier disque à ne pas manquer.
Jean-Jacques Millo |