Dans cette Symphony No. 17 “Symphonic Frescoes” (2017), enregistrée par le Lahti Symphony Orchestra sous la direction d’Erkki Lasonpalo, Kalevi Aho (né en 1949) poursuit l’exploration monumentale de son univers orchestral avec une ampleur qui confirme la place singulière qu’il occupe dans la musique finlandaise contemporaine. Créée en 2019 et immédiatement saluée comme un jalon majeur de son catalogue, cette Dix-septième Symphonie se distingue par son effectif inhabituel (lupophone, contraforte, orgue), et par une dramaturgie sonore qui évoque moins une narration qu’une succession de vastes tableaux, d’où le sous-titre de Fresques symphoniques. Le premier mouvement, « Syvyydestä » (Des profondeurs), conçu pour pouvoir exister comme poème symphonique autonome, s’ouvre dans une obscurité tellurique comme si l’orchestre émergeait d’un monde enfoui. L’écriture joue sur les masses et les timbres, donnant au lupophone et au contraforte un rôle structurant dans la couleur générale. Le « Scherzo macabre qui suit » tranche par son énergie spectrale, Kalevi Aho y déploie un art du contraste et de la discontinuité qui rappelle ses partitions les plus théâtrales. Le finale, « Kaukaisia lauluja » (Chants lointains), élargit la perspective de l’orchestre qui semble traversé par des réminiscences de danses anciennes, de chants lointains, de fragments mélodiques venus d’un passé indistinct. Le compositeur affiche une écriture plus lyrique, presque contemplative, jusqu’à un retour au présent qui referme l’arc symphonique avec une sobriété poignante. L’orgue de Jan Lehtola et la harpe de Laura Hynninen, intégrés comme des voix internes plutôt que comme des solistes, contribuent à la richesse de la palette sonore. Ainsi, cette Dix-septième Symphonie apparaît comme l’une des œuvres les plus ambitieuses et les plus abouties du maître finlandais. Une fresque sonore d’une force rare.
Jean-Jacques Millo |