Dans cet album, le pianiste suisse Jürg Hanselmann, né en 1960, met en lumière les premières œuvres pour piano de Josef Gabriel Rheinberger (1839-1901), compositeur encore trop rarement associé à son abondante production pianistique. Le programme s’ouvre sur les « Douze Pièces caractéristiques pour le “nouveau” piano » (1864), miniatures où Rheinberger révèle déjà une maîtrise étonnante de la forme brève : le « Duettino » gracieux, le « Notturno » aux ombres délicates, l’ « Étude » virtuose ou encore les pages plus introspectives comme « Melancholie » bénéficient d’un jeu précis, nuancé, jamais démonstratif. Hanselmann en souligne la poésie intime, la fluidité du discours et la finesse des transitions harmoniques. Les « Quatre Fugues pour piano » (1862) confirment la solidité contrapuntique du jeune compositeur. Sous les doigts du pianiste, elles gagnent en lisibilité, en tension architecturale et en relief rythmique. Point d’orgue du disque, la troisième œuvre, « Was sich der Wald erzählt » (“Ce que se raconte la forêt”), datant de 1854, véritable poème pianistique où Rheinberger convoque l’imaginaire romantique de la nature, alterne épisodes narratifs, murmures harmoniques et élans plus dramatiques. L’ensemble, constitué d’enregistrements en première mondiale, révèle un pan méconnu de l’œuvre de Rheinberger, auquel Jürg Hanselmann offre une lecture d’une grande élégance et d’une probité stylistique exemplaire, transformant ce qui pourrait n’être qu’une curiosité musicologique en véritable proposition artistique. Une nouveauté tout simplement bienvenue.
Jean-Jacques Millo |