Le célèbre pianiste canadien, Glenn Gould, déclarait dans ses écrits : « Bach écrivit des centaines de fugues, qu’elles soient ou non ainsi désignées. Il les conçut pour toutes sortes de combinaisons instrumentales possibles, et elles révèlent une technique contrapuntique d’une aisance confondante qui se situe aux confins de la perfection. Les deux livres du « Clavier bien tempéré » avec leurs quarante-huit « Préludes et Fugues » en constituent l’archétype. Cette œuvre prodigieusement bigarrée parvient à établir un rapport entre continuité linéaire et sécurité harmonique. Grâce à une homogénéité conceptuelle d’une telle perfection, Bach perd non seulement toute inhibition stylistique, mais va jusqu’à se permettre de redéfinir son vocabulaire harmonique en fonction de chaque morceau. » La nouvelle version du Livre II, que fait paraître le label Pentatone, est proposée à Pierre-Laurent Aimard. Ce dernier refuse toute surcharge expressive. Son Bach est d’une sobriété ardente, où la tension naît de la précision rythmique, de la respiration des lignes et d’un sens aigu de la rhétorique baroque. Les fugues, en particulier, bénéficient d’une lisibilité exemplaire où chaque entrée de sujet est sculptée avec une netteté qui n’exclut jamais la poésie. Bref, un double album de grande tenue.
Jean-Jacques Millo |