Dans la lignée de ses explorations du répertoire organistique méconnu, le label allemand MDG consacrait, en 1982, un album à Carl Sattler (1871–1938), compositeur et organiste allemand dont l’œuvre, pourtant solidement ancrée dans le romantisme tardif, demeure largement absente des salles de concert comme des catalogues discographiques. Pour cette entreprise de redécouverte, MDG avait fait appel à Reinhard Kluth (1950-2020), interprète dont la sensibilité musicale et la connaissance des instruments historiques en faisaient un passeur idéal entre un langage oublié et l’oreille contemporaine. Carl Sattler appartient à cette génération de musiciens allemands formés dans l’ombre imposante de Reger, Rheinberger ou Karg-Elert. Sa musique, profondément structurée, témoigne d’une maîtrise contrapuntique indéniable, mais aussi d’un sens de la couleur et d’une intériorité expressive qui lui confèrent une voix singulière. L’enregistrement réunit trois œuvres majeures : la « Sonate op. 19 pour harmonium » en fa mineur et trois mouvements, « Weihnachten op. 22 », Pastorale et Fantaisie, ainsi que la « Sonate n°2 op. 17 » en fa mineur également et quatre mouvements. L’organiste allemand, Reinhard Kluth s’était imposé au fil des années comme un artisan essentiel de la redécouverte du répertoire romantique et post-romantique. Son parcours témoigne d’une profonde fidélité aux instruments historiques et d’un engagement constant envers les compositeurs négligés. Il jouait alors sur le grand orgue Klais de l’abbaye cistercienne de Himmerod. Un CD qui séduira autant les passionnés d’orgue que les amateurs de découvertes musicales exigeantes, et qui rappelle combien le patrimoine organistique recèle encore de trésors à révéler.
Jean-Jacques Millo |