Née en 1919 à Petrograd, morte en 2006 à Saint Pétersbourg, Galina Ivanovna Oustvolskaya demeure l’une des figures les plus énigmatiques et les plus radicales de la musique soviétique. Élève de Chostakovitch au Conservatoire de Leningrad, elle refusa pourtant toute filiation esthétique, allant jusqu’à rejeter publiquement l’idée d’une influence de son maître. Chostakovitch, lui, admirait profondément son travail, allant jusqu’à glisser des citations d’Oustvolskaya dans certaines de ses œuvres, hommage discret à une voix qu’il considérait comme plus pure et plus absolue que la sienne. La compositrice russe mena une vie retirée, refusant les mondanités, les institutions, les écoles esthétiques. Son catalogue est réduit, mais chaque œuvre semble taillée dans un bloc de granit sonore, densité extrême, obsession rythmique, instrumentation volontairement limitée, spiritualité nue et presque ascétique. Elle fut longtemps ignorée en URSS, puis redécouverte tardivement en Occident, où son œuvre fascine par son caractère inclassable : ni moderniste, ni minimaliste, ni expressionniste, mais tendue vers une forme d’absolu spirituel et sonore. Ses cinq symphonies, composées entre 1955 et 1990, constituent un parcours unique dans l’histoire du genre. Cinq monolithes, cinq prières, cinq cris. Cette intégrale s’impose comme une référence. Non seulement parce qu’elle réunit pour la première fois l’ensemble du cycle dans une vision cohérente, mais surtout parce qu’elle parvient à rendre justice à une musique qui exige une précision absolue, une tension constante et une compréhension profonde de son ascétisme. Christian Karlsen et le London Philharmonic Orchestra signent ici une sorte de monument discographique, à la hauteur d’une compositrice dont l’œuvre, longtemps occultée, apparaît aujourd’hui comme l’une des plus radicales et des plus spirituelles du XXᵉ siècle.
Jean-Jacques Millo |