Comme le soulignait jadis le musicologue Fred Goldbleck : « On ne connait point de compositeur constamment plus soucieux que le « chimérique » Berlioz de la pratique musicale. Loin d’y achopper comme tant d’autres novateurs, il est toujours prêt à tirer parti des circonstances d’exécution. Il invente toujours le neuf qui convient à la grande salle ou à la petite, à l’église ou au plein air ; et son œuvre ne cesse d’affirmer, à l’instar de la boutade mallarméenne (et avec moins de paradoxe) que la musique ne se fait pas avec la syntaxe de la sonate ou avec des dissonances symbolisant le philtre d’amour et la dialectique de l’histoire, mais avec des gosiers et des clarinettes : leçon peu intéressante lorsqu’elle est rappelée par quelque étriqué positiviste du métier de composer ; mais très savoureuse lorsqu’elle est dictée par l’esprit d’équilibre et l’esprit de contradiction d’un Berlioz aventureux, shakespearien et humaniste. » Le label Pentatone réunit ici « Le Carnaval Romain » et la « Symphonie Fantastique » du compositeur français, par l’Orchestre Symphonique de Montréal dirigé par Rafael Payare. « Présente au répertoire de l’OSM depuis 1937, la « Symphonie fantastique » incarne magnifiquement ce lien profond que l’Orchestre entretient avec la musique française. » souligne le chef vénézuélien. Ainsi, cette nouvelle version d’une œuvre immortelle met en valeur un orchestre au sommet de sa discipline collective, capable de concilier virtuosité, imagination et rigueur pour le plus grand plaisir du mélomane.
Jean-Jacques Millo |