« Orgue et Piano » réunit l’organiste Jan von Busch et le pianiste Johann Blanchard. Le programme, construit autour d’un répertoire longtemps considéré comme marginal – celui du duo orgue piano, formation pourtant très prisée dans les salons et salles de concert du XIXᵉ siècle – retrouve ici une cohérence. L’enregistrement, réalisé sur le Waldner de 1874, un instrument historique restauré, et un Bechstein magnifiquement capté, offre un bel équilibre sonore. Le disque s’ouvre sur les « Noëls » Op.60 d’Alexandre Guilmant (1837-1911), pages où l’esprit populaire se mêle à une écriture raffinée. Dans « Prélude, Fugue et Variation » Op.18 de César Franck (1822-1890), arrangée pour cette formation par le compositeur, le duo se fait poète. Vient ensuite « Poésie » Op.35 de Sigfrid Karg-Elert (1877-1933), « Poème Mystique » Op.33 de Charles Tournemire (1870-1939), et pour finir, « Concerto pour Orgue et Piano » Op.74 de Flor Peeters (1903-1939). Le Waldner de 1874, avec ses couleurs chaleureuses et son souffle discret, se marie idéalement au Bechstein, dont la sonorité ample mais jamais clinquante rappelle les pianos allemands de la même époque. Cette adéquation historique renforce la cohérence du projet. Jan von Busch, organiste allemand formé dans la grande tradition de son pays, s’est distingué par son intérêt pour les instruments historiques et pour les répertoires rares. Son jeu, précis mais jamais rigide, témoigne d’une profonde connaissance des styles et d’un goût affirmé pour la couleur. Johann Blanchard, pianiste franco allemand, s’est quant à lui imposé par une carrière éclectique, mêlant répertoire classique et collaborations originales. Son sens de la respiration, sa capacité à dialoguer, en font un partenaire idéal pour une formation aussi délicate que celle du piano et de l’orgue. Ici, tout repose sur la recherche d’un équilibre, d’une conversation entre deux instruments que l’on oppose trop souvent. Le duo von Busch–Blanchard rappelle que l’orgue peut être un instrument de chambre, que le piano peut devenir un coloriste. Bref, un enregistrement à la fois érudit et profondément musical, qui redonne vie à un pan oublié de la pratique instrumentale du XIXᵉ siècle.
Jean-Jacques Millo |