Les « Vespro della Beata Vergine » de Claudio Monteverdi (1567-1643) publiée à Venise en 1610, alors que le compositeur est au service de la cour des Gonzague à Mantoue, est une collection de musique sacrée dédiée au pape Paul V et témoignant de l’ambition d’un musicien désireux de démontrer l’étendue de son art dans un contexte où sa carrière institutionnelle reste incertaine. Monteverdi, déjà célèbre pour ses madrigaux et bientôt reconnu comme l’un des fondateurs de l’opéra avec L’Orfeo, composé en 1607, y fait dialoguer l’héritage contrapuntique de la Renaissance avec les nouvelles possibilités expressives du premier baroque. L’oeuvre forme un ensemble d’une diversité exceptionnelle, dans lequel les grands psaumes polyphoniques, les compositions destinées aux voix solistes, les passages instrumentaux et les hymnes mariaux s’articulent autour d’une même conception théâtrale de l’expression religieuse. L’une des particularités essentielles de cette version réside dans le choix d’une interprétation à un chanteur par partie, qui privilégie la transparence des lignes vocales, l’individualité des timbres et la précision du dialogue. Robert Hollingworth, qui connaît intimement les exigences de ce répertoire, s’attache à faire ressortir la variété des affects, les contrastes de dynamique et la souplesse rythmique qui constituent l’une des signatures du compositeur italien. L’accompagnement fait appel à l’English Cornett and Sackbut Ensemble, dont les cornets à bouquin et les sacqueboutes apportent une couleur sonore caractéristique du début du XVIIe siècle, entre éclat cérémoniel, douceur des nuances et chaleur des harmonies. Ce double album, porté également par l’Ensemble I Fagiolini, est une contribution notable à la discographie d’une œuvre inépuisable, dont chaque nouvelle interprétation révèle des nuances et des perspectives encore insoupçonnées.
Jean-Jacques Millo |