Opus Haute Définition e-magazine

Venezia Sottosopra

Œuvres de Vivaldi & Finazzi

Ensemble Pulcinella. Ophélie Gaillard (violoncelle). Zoltan Darago (contreténor). Zachary Wilder (ténor)

Aparté AP 439, [Integral] Distribution

CD stéréo

Le programme de « Venezia Sottosopra » réunit des concertos, des airs d’opéra, des danses anonymes et une cantate inédite pour faire revivre la vie musicale de Venise au XVIIIe siècle, entre virtuosité instrumentale, théâtralité lyrique et divertissements populaires. Porté par la violoncelliste Ophélie Gaillard et l’Ensemble Pulcinella, avec le contre-ténor Zoltan Darago et le ténor Zachary Wilder, cet album s’articule principalement autour de la musique d’Antonio Vivaldi (1678-1741), compositeur intimement lié à la cité des Doges, où il exerça notamment comme violoniste, pédagogue et maître de concert au sein de l’Ospedale della Pietà. Les concertos pour violoncelle en la mineur RV 418, en ré mineur RV 407 et en mi bémol majeur RV 408 témoignent de son intérêt pour un instrument dont il exploite aussi bien les ressources virtuoses que les possibilités expressives. Le Concerto à quatre en sol mineur RV 152 et le Concerto à quatre en si bémol majeur RV 163, surnommé « Conca », élargissent la perspective en mettant en valeur les équilibres entre les différentes parties instrumentales, tandis que le Concerto pour violon et violoncelle en la majeur RV 546 repose sur un dialogue entre deux solistes, le violon et le violoncelle se répondant dans une alternance de relances et de respirations. Le programme comprend également l’Allegro du Concerto pour violon et orgue en ut majeur RV 808, présenté dans une reconstruction d’Olivier Fourés. Et à ce versant instrumental répondent plusieurs airs d’opéra de Vivaldi. La pièce la plus rare est toutefois la Cantata n° 2 de Filippo Finazzi (1705-1776), compositeur et castrat dont la carrière s’inscrivit dans un monde musical européen où les chanteurs virtuoses circulaient entre les grandes villes et les cours. Son enregistrement, en première mondiale, est une véritable redécouverte. Le titre Venezia Sottosopra, que l’on peut traduire par « Venise sens dessus dessous », renvoie précisément à cette société où le carnaval, les masques et les jeux de travestissement brouillaient temporairement les frontières sociales et les identités. Au XVIIIe siècle, cette tradition festive alimentait une vie artistique particulièrement intense, dans laquelle l’opéra, la musique instrumentale et les divertissements populaires se nourrissaient mutuellement. Faire entendre la Venise baroque dans sa pluralité, en rapprochant le concerto virtuose, l’expression lyrique, la danse et la chanson, voilà la véritable réussite de cette nouveauté discographique que l’on savourera sans modération.

Jean-Jacques Millo

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