Le troisième volet, de l’intégrale des neuf symphonies de Ludwig van Beethoven (1770-1827), interprétées par l’Orchestre Consuelo sous la direction de Victor Julien-Laferrière, propose deux partitions majeures illustrant avec éclat la transformation du langage symphonique au début du XIXe siècle. Composée entre 1802 et 1804, créée à Vienne en 1805 et publiée en 1806, la « Symphonie n° 3 » en mi bémol majeur, op. 55, dite « Héroïque », marque un tournant décisif dans l’histoire de la musique occidentale. Initialement liée à l’admiration que Beethoven éprouvait pour Napoléon Bonaparte, alors perçu comme l’incarnation des idéaux révolutionnaires, l’œuvre devait porter le nom de son héros avant que le compositeur, profondément déçu par le couronnement impérial de Napoléon en 1804, ne renonce à cette dédicace. Avec ses dimensions exceptionnelles, la richesse de son développement thématique et l’intensité de ses contrastes, elle rompt avec les proportions traditionnelles héritées de Haydn et de Mozart pour ouvrir la voie à la grande symphonie romantique. La « Symphonie N°7 » en la majeur, op. 92, composée principalement en 1811 et 1812, créée à Vienne le 8 décembre 1813 sous la direction de Beethoven lui-même, présente un autre visage du génie beethovénien. Dédiée au comte Moritz von Fries, elle fut accueillie avec un enthousiasme considérable, notamment grâce à son Allegretto, dont la puissance expressive entraîna rapidement une popularité. Richard Wagner qualifiera plus tard cette partition d’« apothéose de la danse », formule devenue emblématique tant le rythme y constitue une force motrice fondamentale. Dans cette nouvelle lecture, Victor Julien-Laferrière, violoncelliste et chef d’orchestre, conduit l’Orchestre Consuelo, ensemble engagé dans une démarche attentive aux pratiques et aux couleurs de la musique ancienne, vers une interprétation qui associe connaissance du style, exigence collective et recherche de lisibilité.
Jean-Jacques Millo |