Opus Haute Définition e-magazine

Joseph Haas. Franz Liszt

Œuvres pour Piano vol 3

Gerit Lense (piano)

ARS Produktion 38 673, UVM Distribution

CD stéréo

Ce troisième volet, du parcours discographique de la pianiste allemande Gerit Lense consacré à Joseph Haas, propose une rencontre éclairante entre deux compositeurs que tout semble opposer. Joseph Haas (1879-1960), héritier d’une tradition germanique attachée à la clarté formelle, à l’équilibre et à une expression musicale chaleureuse et Franz Liszt (1811-1886), figure majeure du romantisme pianistique, dont l’écriture a profondément renouvelé les possibilités techniques, harmoniques et expressives de l’instrument. Ce rapprochement, imaginé par Gerit Lense, devient une réflexion sur la personnalité des créateurs, leur rapport au monde et l’évolution de leur langage au fil de l’existence. La pianiste explique avoir choisi des œuvres composées à deux étapes distinctes de la vie des musiciens, autour de la quarantaine, puis dans leurs années de maturité, afin de faire entendre ce que leurs expériences et leur sensibilité ont imprimé à leur musique. Le programme s’ouvre sur les « Hausmärchen » op. 53 de Haas où Gerit Lense déploie un sens aigu de la proportion, privilégiant la netteté du discours et la souplesse du phrasé. Les « Sonatines nos 3 en sol majeur » op. 94 et « 4 en fa majeur » op. 94, composées en 1943, prolongent cette impression de naturel maîtrisé. Le choix de confronter ces œuvres à celles de Liszt constitue l’une des idées les plus intéressantes de l’album. Avec « La lugubre gondole » S 200 no 1 Gerit Lense privilégie les nuances et la tension contenue, laissant la musique déployer son pouvoir d’évocation sans surcharge sentimentale. « Nuages gris S 199 » pousse plus loin encore cette impression de dénuement. Dans « Schlaflos ! Frage und Antwort » S 203 son interprétation met en valeur la dimension orchestrale de l’écriture lisztienne tout en préservant les inflexions intimes qui donnent à l’œuvre sa profondeur. Enfin, pour « Vallée d’Obermann », Gerit Lense souligne la dimension contemplative autant que les moments de tension. Les œuvres tardives du compositeur hongrois trouvent ainsi des échos inattendus dans la transparence et la retenue de certaines pages de Haas, tandis que les pièces plus amples rappellent la richesse expressive qui demeure au cœur du langage romantique. Ce disque s’adresse autant aux amateurs de Liszt désireux d’explorer les facettes les plus introspectives de son œuvre qu’aux auditeurs curieux de découvrir la finesse et l’originalité de Joseph Haas. Deux compositeurs capables de traduire aussi bien les élans de la vie que ses inquiétudes et ses silences.

Jean-Jacques Millo

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