« Les Sonates et Partitas pour violon seul, de Jean-Sébastien Bach, témoignent d’une haute connaissance du violon. Il fait de ce dernier, à la fois, l’interprète de la mélodie chantante et l’interprète de l’expression harmonique » (Adélaïde de Place). Les six œuvres BWV 1001 à 1006, réunies par Bach en 1720 sous le titre « Sei Solo à Violino senza Basso accompagnato », constituent l’un des sommets absolus de l’écriture instrumentale occidentale. Leur genèse se situe vraisemblablement au cours des années de Weimar et surtout de Köthen, période durant laquelle le Kantor de Leipzig, au service du prince Léopold d’Anhalt-Köthen, bénéficiait d’un environnement particulièrement favorable à la musique instrumentale. Noé Inui est né à Bruxelles en 1985, d’une mère grecque et d’un père japonais. Il commence l’étude du violon à l’âge de quatre ans et accomplit une formation internationale, passant par les conservatoires de Bruxelles et de Paris ainsi que les Musikhochschulen de Karlsruhe et de Düsseldorf. Cette trajectoire lui permet de confronter plusieurs traditions violonistiques, notamment les écoles franco-belge, allemande et russe, ainsi que les approches pédagogiques issues de Leopold Auer, Ivan Galamian et David Oïstrakh. Parmi ses principaux mentors figurent Ulf Hoelscher, Rosa Fain, Helga Thoene, Olivier Charlier et Jacques Dupriez. Pour cette intégrale, Noé Inui joue un violon Tommaso Balestrieri de 1764, fabriqué à Mantoue et revendique une conception qui cherche un équilibre entre la pratique historique et la manière de jouer du violon moderne. Il va jusqu’à expérimenter, dans la troisième Partita, le « jeu inégal », une façon d’accentuer légèrement les notes et les temps faibles qui rapproche parfois l’articulation baroque de certaines inflexions du jazz ou du swing. Ainsi, ce double album apparaît comme un aboutissement à deux visages, proposant tradition virtuose du violon seul et recherche de profondeur musicale.
Jean-Jacques Millo |