Consacré à six cantates de Johann Daniel Pucklitz (1706-1774) et confié une nouvelle fois à Andrzej Szadejko, au Goldberg Baroque Ensemble et au Goldberg Vocal Ensemble, ce second volume participe à la reconstruction d’un pan méconnu de la vie musicale de Dantzig au XVIIIe siècle. Il réunit Siri Karoline Thornhill (soprano), David Erler (alto)), Virgil Hartinger (ténor) et Thilo Dahlmann (baryton-basse). Le programme comprend « Nimm was dein ist », « Wohl dem, der mit Lust », « Befiehl dem Herrn deine Wege », « Höchster Priester der du dich », « Herr Jesu Christ wahrer Mensch und Gott » et « Wir haben einen Fürsprecher ». Né à Dantzig, dans la République des Deux Nations d’un père, musicien, le futur compositeur fut orphelin très jeune et placé sous tutelle jusqu’à sa majorité, atteinte en 1732. On ne sait pratiquement rien de sa formation musicale. Le portrait qui se dégage de lui est celui d’un véritable entrepreneur de la musique, mêlé à la vie culturelle et sociale de sa ville, plutôt que celui d’un compositeur attaché à une cour ou à une chapelle princière. Soixante-deux compositions sont aujourd’hui recensées, dont trente-neuf cantates, trois oratorios, quatre messes, sept arrangements de chorals, six motets et deux airs. La prédominance de la musique sacrée est remarquable, d’autant plus que le droit de composer de la musique liturgique à Dantzig était lié à la fonction de Kapellmeister, occupée notamment par Johann Balthasar Christian Freislich. L’écriture de Johann Daniel Pucklitz possède une qualité presque expérimentale. Elle demeure attachée aux formes du baroque tardif, mais elle ne semble pas ignorer les transformations stylistiques qui s’annoncent au milieu du XVIIIe siècle. Les contrastes de textures, les choix instrumentaux, l’importance accordée à la mélodie et certaines tournures expressives font entendre un monde situé à la frontière entre la grande tradition luthérienne et une sensibilité plus galante ou plus directement théâtrale. En définitive, ce SACD s’impose comme un document particulièrement éclairant sur un compositeur longtemps absent du paysage discographique, et sa réussite tient surtout à l’équilibre entre recherche musicologique et plaisir d’écoute.
Jean-Jacques Millo |