Né à Londres en 1971, Thomas Adès s’est imposé comme l’une des figures majeures de la création musicale contemporaine. Il fit ses études à la Guildhall School of Music and Drama puis au King’s College Cambridge. Ses œuvres se distingue, dès le début des années 1990, par une écriture orchestrale d’une grande sophistication, conjuguant héritage de Benjamin Britten (1916-1973), modernisme européen et sens dramatique. Compositeur, chef d’orchestre et pianiste, il fait montre d’une maîtrise exceptionnelle des couleurs instrumentales, d’une inventivité rythmique constante et d’une capacité à concilier complexité structurelle et émotion. Cet album réunit deux facettes de son art, sous la direction de Thomas Sondergard, à la tête du Minnesota Orchestra, avec la violoniste Leila Josefowicz en soliste. La Symphonie « L’Ange exterminateur », datant de 2020, provient de son troisième opéra, inspiré du film surréaliste de Luis Buñuel. Elle condense, en quatre mouvements (Entrées, Marche, Berceuse, Valses) l’atmosphère oppressante et fascinante de cette parabole où des convives se retrouvent mystérieusement incapables de quitter un salon après un dîner. Thomas Adès y déploie un orchestre somptueux, capable de passer de l’élégance mondaine à la menace latente, construisant un univers sonore halluciné où les répétitions obsessionnelles, les harmonies instables et les éclats orchestraux évoquent l’effondrement progressif des conventions sociales. En regard de cette œuvre puissante, le « Concerto pour violon » de 2005 révèle une écriture plus abstraite mais tout aussi expressive. Se déclinant en trois mouvements enchaînés (Anneaux, Chemins, Rondes) il confronte le violon à un environnement orchestral mouvant, entre virtuosité étincelante, lyrisme suspendu et énergie motorique. La lecture de Leila Josefowicz, dédicataire de longue date de la musique contemporaine, impressionne par son intensité et sa précision. Réunissant la première gravure mondiale de la Symphonie « L’Ange Exterminateur » et une interprétation de référence du « Concerto pour violon et orchestre », ce disque offre un panorama, particulièrement révélateur, de l’univers du compositeur britannique.
Jean-Jacques Millo |