Opus Haute Définition e-magazine

Henriëtte Bosmans

Mélodies, Sonate pour Violon et Piano, Six Préludes pour Piano

Elizaveta Agrafenina (soprano). Sarah Bayens (violon).Dimitri Malignan (Piano)

Hortus 834, UVM Distribution

CD stéréo

Avec « Le diable dans la nuit », les Editions Hortus poursuivent leur patient travail de mise en lumière des répertoires injustement négligés. Cette fois, c’est l’œuvre d’Henriëtte Bosmans (1895 1952), figure essentielle de la vie musicale néerlandaise, qui se voit magnifiée par un trio d’interprètes d’une belle cohésion. Pianiste virtuose, compositrice audacieuse, femme libre dans une Europe troublée, Bosmans laisse une œuvre chambriste d’une intensité saisissante, où l’héritage post romantique se mêle à une modernité harmonique subtile. Cette dernière se distingue par une tension expressive permanente, un lyrisme sombre et une écriture instrumentale d’une finesse indéniable. « Eprouvée par les années de guerre, Bosmans reprend la composition qu’elle avait abandonnée en 1935 à la mort de son fiancé, le violoniste Francis Koene. Ouvertement bisexuelle, elle entretient une relation avec la soprano française Noémie Perugia (1903-1992), pour qui elle écrit de nombreuses mélodies en français. Bosmans avait également été en couple avec la violoncelliste, cheffe d’orchestre, et militante féministe Frieda Belinfante dans les années 1920. Dès 1946, elle se lie aussi d’amitié avec le ténor Peter Pears et son compagnon, le compositeur Benjamin Britten. Ils lui inspirèrent des mélodies sur des textes anglais. Le 30 avril 1952, lors d’un concert avec Noémie Perugia, Henriëtte Bosmans s’effondre brutalement sur scène. Elle meurt le 2 juillet, d’un cancer de l’estomac, à l’âge de 56 ans », souligne Dimitri Malignan. L’album réunit des œuvres de jeunesse (Préludes pour piano, Sonate pour violon et piano ) mais aussi des mélodies jalonnant sa vie entière, écrites dans différentes langues, où l’on retrouve son sens du récit musical, son goût pour les atmosphères nocturnes et une tension dramatique qui n’est jamais forcée. Le trio formé par Elizaveta Agrafenina, Sarah Bayens et Dimitri Malignan propose une lecture à la fois analytique et profondément habitée, révélant ainsi la dramaturgie interne de chaque pièce. « Ce volume de la collection Voix étouffées – Missing Voices, s’inscrit dans le cadre d’un travail de restitution de l’œuvre et de la mémoire de compositeurs juifs dont la carrière a été interrompue ou qui ont été assassinés par les nazis et leurs affidés. » (Dimitri Malignan). Ce disque s’impose donc comme une contribution majeure à la redécouverte d’Henriëtte Bosmans. L’intelligence musicale du trio, la cohérence du programme et la qualité de la prise de son en font un album indispensable pour quiconque s’intéresse à la musique européenne du XXᵉ siècle et à ces voix singulières que l’histoire a trop longtemps reléguées dans l’ombre.

Jean-Jacques Millo

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