Opus Haute Définition e-magazine

Charlotte ! Adieu !

Œuvres pour Guitare de Fernando Sor

Philipp Schmidt (guitare romantique)

ARS Produktion 38 696, UVM Distribution

CD stéréo

Le titre de cet album, « Charlotte! Adieu! », n’est pas une invention poétique car il renvoie à une figure bien réelle et profondément marquante dans la vie du musicien espagnol Fernando Sor (1778-1839). Charlotte Beslay, née Charlotte Levavasseur, pianiste talentueuse, appréciée de Rossini, et surtout élève de Sor, a laissé une empreinte unique dans l’œuvre du compositeur. Sa mort brutale en couches, le 20 avril 1835, bouleverse ce dernier. De ce choc naît l’une de ses œuvres les plus personnelles : la « Fantaisie élégiaque » op.59 sous titrée « À la mort de Madame Beslay », « une lamentation musicale et un hommage à sa mémoire ». Et c’est dans cette partition que Fernando Sor inscrivit explicitement les mots « Charlotte ! Adieu ! », « comme un geste symbolique de deuil, profond, comme si la guitare elle-même voulait parler ». C’est autour de cette pièce tombeau que Philipp Schmidt construit son programme, donnant à l’album une cohérence émotionnelle et historique remarquables. Douze autres pièces sont au programme (Leçons, Exercices, Etudes, Variations etc…) que le guitariste aborde comme des miniatures expressives, enregistrées sur une guitare romantique originale Petitjean, fabriquée à Paris en 1820. Philipp Schmidt est né en Allemagne en 1978 à Radolfzell, au bord du Lac de Constance. Il commence ses études de guitare avec Andreas Higi à la Musikhochschule de Trossingen. Boursier Erasmus, il poursuit sa formation au Conservatorio Superior de Música de Madrid sous la direction de Gabriel Estarellas. Puis approfondit sa technique avec Oscar Ghiglia et Stephan Schmidt à la Musikakademie de Bâle et obtient avec distinction les diplômes d’enseignement et de concert. « Charlotte! Adieu! » est un portrait sensible, un hommage à une élève disparue, un témoignage rare de l’émotion personnelle de Sor. Philipp Schmidt en offre une lecture d’une justesse remarquable, où l’élégance classique rencontre l’intimité de la disparition. Un album essentiel pour comprendre autrement, non pas un compositeur d’études, mais un musicien de l’âme.

Jean-Jacques Millo

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