Avec « Cantar del alma », Dominique Vellard poursuit un chemin singulier : celui d’un compositeur qui, après avoir consacré sa vie à la redécouverte des répertoires anciens, écrit aujourd’hui une musique d’une sobriété tendue vers l’essentiel. Cet enregistrement révèle un art de l’épure où chaque note semble pesée, chaque silence habité. Portant le titre de l’album, les six pièces pour mezzo-soprano et piano s’imposent comme une méditation intime sur la fragilité humaine, la mémoire.
Dominique Vellard y déploie une écriture vocale d’une grande clarté, presque ascétique, qui refuse tout pathos pour mieux laisser affleurer l’émotion. Les textes, en anglais, français et espagnol, dessinent un paysage poétique où l’âme se cherche, trébuche, se relève. Vien ensuite d’autres horizons où notamment le santouri d’Ourania Lampropoulou apporte une couleur orientalisante, presque hypnotique. Cette présence n’est jamais décorative car elle prolonge l’univers vellardien, où les traditions se répondent sans jamais se confondre. Le geste est simple, mais la profondeur expressive, elle, ne cesse de surprendre. La Suite populaire N°2 pour mezzo, ténor, et quatuor à cordes, qui clôt l’album, rappelle combien Dominique Vellard sait faire dialoguer les héritages. Les mélodies traditionnelles, réinventées avec une délicatesse extrême, trouvent ici une place naturelle aux côtés des pages contemporaines. Le Quatuor Debussy, toujours d’une élégance exemplaire, apporte une densité chambriste qui ancre l’ensemble dans une continuité sonore cohérente. Une œuvre qui ne cherche ni l’effet ni la démonstration, mais la vérité d’un geste musical profondément humain.
Jean-Jacques Millo |