Ici, le projet est de rapprocher deux univers opposés, l’un avec la limpidité classique de Mozart et l’autre avec l’ironie moderniste de Chostakovitch. Le pari est tenu grâce à une interprétation remarquable où la pianiste Saskia Giorgini, le trompettiste Per Ivarsson et les Trondheim Soloists trouvent un terrain d’entente esthétique qui dépasse les siècles et les styles. Le « Concerto pour piano n°12 en la majeur » K. 414, en trois mouvements, de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) est abordé avec une élégance chambriste qui en révèle la finesse structurelle. Loin d’une lecture décorative, l’interprétation met en valeur sa subtilité. Le contraste avec le « Concerto pour piano, trompette et cordes » op. 35, en quatre mouvements, de Dimitri Chostakovitch (1906-1975) devient un pivot dramaturgique. L’œuvre, écrite en 1933, mêle humour noir, virtuosité et parodie. La trompette, confiée à Per Ivarsson, joue pleinement son rôle de commentateur ironique, surgissant tantôt comme un éclat de rire, tantôt comme une provocation. Les Trondheim Soloists, habitués à un style vif et tranchant, apportent une énergie quasiment théâtrale qui accentue les contrastes et les ruptures de ton. Le Mozart, débarrassé de toute mièvrerie, gagne en profondeur tandis que le Chostakovitch, débarrassé de toute lourdeur, gagne en clarté. Pour compléter ce tableau musical, l’album propose également la « Sonate pour piano N°2 » Op.61 du compositeur russe. Saskia Giorgini confirme ici une maturité musicale. Son jeu sait s’adapter à des langages très différents tout en conservant une identité sonore cohérente. Bref, une nouveauté à découvrir et à savourer.
Jean-Jacques Millo |